A Hideo Kojima Game
 
Metal Gear Solid 4 :
Guns of the Patriots


Editeur : Konami
Développeur : Konami
Genre : Action-aventure
Plate-forme : PlayStation 3
Disponibilité : 12 juin 2008
 
ACTUALITES

Metal Gear Solid 4 : boss et décadence

14/11/2010 à 10:51 par Bokurano
Pour la deuxième fois,
Beauty and The Beast

La plupart du temps, le boss peut se résumer en un sinistre individu plus coriace que ses congénères. Il aime faire simple et se contente d’un rire démoniaque comme unique trait de caractère ou bien encore d’un monologue sur les bienfaits de l’apocalypse, avant de disparaître de nos mémoires aussi vite qu’il est apparu. Depuis le premier Metal Gear Solid, la série s’applique à rendre mémorables les affrontements avec les boss qui nous défient tout au long de notre aventure. Pourtant, les Beauty and the Beast dans Metal Gear Solid 4 ont divisé les joueurs. Sans personnalité ni cinématiques larmoyantes, leur histoire est aseptisée… mais n’est-ce pas propre à leur époque ?


  L'homme

Déjà dans le premier Metal Gear Solid, les Boss sont plus que des sacs à point de vie, ils ont une densité humaine et un vécu. Le chamanisme de Vulcan Raven, les pouvoirs mentaux de Psycho Mantis, le corps mécanique de Gray Foy sont autant d’indications sur la nature de nos adversaires, d’un passé militaire qui a forgé leur personnalité. Leur façon de combattre est aussi un indice, Sniper Wolf utilise un Sniper pour se tenir à l’écart du traumatisant champ de bataille, tout en participant au massacre. Les adversaires que l’on affronte sont des guerriers au même titre que Solid Snake, ils en sont le miroir. Tout comme lui, ils combattent pour vivre le moment présent, ils enfouissent le passé et ne se préoccupent pas de l’avenir. Le duel devient un moment privilégié où le temps s’arrête et les guerriers s’opposent dans un combat à mort comme les duels fantasmés des Samurais. Il se crée alors une intimité entre les deux êtres qui apprennent l’un de l’autre en croisant le fer. La guerre prend une dimension personnelle, la mort est l’ultime récompense pour des guerriers qui attendent de périr l’arme à la main, le dernier souffle est un moment authentique pour le vaincu qui se confie au vainqueur.

Fox Hound MGS1

Les Boss de Metal Gear Solid 2 sont dans la même veine mais plus torturés. A l’image de Gray Fox, ninja cyborg qui cherche à s’oublier dans la douleur physique, Vamp et Fortune sont lassés de vivre et attendent celui qui pourra outrepasser leur immortalité. Les Boss de MGS 3 sont une exception, ils ont une fâcheuse tendance à… exploser ! A l’inverse des vétérans dans MGS 1 qui se sont construits sur le champ de bataille, les Boss de Metal Gear Solid 3 sont vidés de toute psychologie. Ils sont l’incarnation des afflictions de la guerre, des émotions qui submergent les soldats. The End et la mort, The Furry et le désir de destruction, The Sorrow et la tristesse. Lors de la confrontation avec ce dernier, les spectres des soldats abattus viennent nous hanter et leur nombre dépend de nos tueries.

Sniper Wolf MGS1

Parmi tous les Boss que l’on affronte, ceux qui nous combattent par idéalisme sont particulièrement marquants et font figure de Boss Final. C’est dans une ambiance mélancolique que l’on assassine The Boss, entre symbole et absurdité, sacrifiée au nom de son pays. Solidus dans MGS 2 forme son unité d’élite, Sons of Liberty, pour combattre l’emprise des patriotes mais nous l’empêchons de mener à bien son entreprise et l’on permet ainsi l’avènement des “Sons of Patriot”. Généralement, les boss et même le simple troufion sont les fils d’une époque, comme l’atteste l’armée génome ou celle entraînée virtuellement et contrôlée par des nanomachines. Aussi, même si Metal Gear Solid adore multiplier les intrigues intimes avec la fraternité Solid/Liquid, Solidus qui a élevé Raiden et autres révélations aussi passionnantes et tirées par les cheveux qu’un épisode de Moins Belle la Vie, les personnages sont représentatifs d’une époque dont ils sont les esclaves mais qu’ils influencent jusqu’à en changer le visage définitivement dans Metal Gear Solid 4.

Dead Cell MGS2


  L'épée

Une particularité des vieux films nippons que j’ai eu l’occasion de regarder, c’est qu’un récit même centré sur un seul homme, s’étend toujours à son environnement social et devient le témoignage d’une société, de sa mentalité et de ses valeurs. Par exemple, Le sabre du mal de Kihachi Okamoto, un film japonais des années 60. Le film conte l’histoire du Samurai Ryunosuke dont la technique au sabre reste invaincue. En baissant sa garde, il invite l’adversaire à l’attaquer, le regard vide et impassible. Il dissimule ses intentions, l’absence d’humanité dans sa technique déstabilise et pousse ses ennemis à commettre une erreur. Il trompe avant de tuer avec cruauté, il est froid et efficace. Malgré ses victoires, son père n’est pas convaincu par sa technique qu’il considère sans honneur, le sabre est l’extension de la main et si le sabre est mauvais, alors celui qui le manie l’est aussi. Et alors que tout le film nous prépare à la revanche d’un jeune samurai désirant venger la mort de son frère, Ryunosuke provoquera sa propre mort dans un coup de folie. Le sabre de Ryunosuke a parlé, il succombe à sa démence, tue ses comparses et meurt à petit feu dans un bain de sang. Le film brille par son absence de duel romancé, de rivalité intime et de meilleur ennemi. Il ne reste que le chaos, la mort et le gâchis. Le Samurai n’est plus qu’une arme dans sa plus vile représentation, et il se fait l’illustration de la fin du régime Shogunal où les valeurs se perdent. Ryunosuke n’est pas juste un Samurai pervers, il est le nihilisme d’une époque sans repère où les intrigues politiques se multiplient et échouent dans le sang. Cette particularité de mettre en scène des hommes qui représentent les enjeux de leur monde, je la retrouve dans la série Metal Gear Solid.

Samurai Ryunosuke
Sabre pervers, homme pervers, époque perverse ?


  L'époque

La guerre a changé ! Le dégoût, la haine et l’infamie ont disparu, elle est maintenant attirante, normalisée, propre et mécanique. La guerre a changé, les guerriers ont changé. L’apprentissage est devenu une perte de temps et de rendement, il faut être professionnel rapidement pour participer aux guerres privées. Le soldat s’adapte à son époque, elle ne lui demande pas d’être humain mais de s’insérer dans un système qui régule l’économie et les hommes. Plus que jamais, le soldat doit se conformer, l’erreur est un défaut technique, c’est rectifiable. Le courage n’est qu’une composante de notre cerveau, un bon dosage fera l’affaire. Le désir se crée, l’émotion est malléable, la mort n’est qu’une fin, vivre est un jeu. Les guerriers sont devenus parfaits, quelques nanomachines suffisent à nous rendre aussi performant qu’un Solid Snake. Arme vivante, l’homme est maintenant réduit à être le doigt qui appuie sur la gâchette. Peut-être sont-ils encore trop humains, ils ont en toujours l’apparence. Les recrues de «Pieuvre Armement» peuvent cependant être fières de leur slogan, une belle accroche Frenchy qui accompagne à merveille le logo de l’entreprise. Et que dire de la mascotte, monstrueuse pour tuer, féminine pour prendre la pose.

Gekko MGS4

La guerre n’est plus idéologique, encore moins morale, elle est devenue économique. Dans ce cas, comment pourrait-on de nouveau affronter des adversaires avec un vécu alors qu’ils ne peuvent même plus expérimenter le monde par eux-mêmes, les nanomachines réduisant la douleur et l’effort jusqu’aux émotions jugées inutiles. Beast and Beauty, ce sont des formatés qui assurent l’image d’une entreprise, finalement la belle et la bête ont enfin un point commun, ils sont tous deux à vendre. Intégralement déshumanisées lorsqu’elles portent leur armure bestiale, elles deviennent une arme au sens propre, leur corps se met au service de la guerre. La consécration du soldat.

Laughing Octopus MGS4


Un pot-pourri que l’on connait bien. Laughing Octopus hérite du pouvoir de mimétisme de Decoy Octopus, les tentacules de Solidus et la joie exubérante de The Joy. Crying Wolf se bat à distance comme Sniper Wolf, hérite des larmes de The Sorrow et utilise le raigun de Fortune. Raging Raven est aussi enragée que The Fury et sa combinaison représente le corbeau de Vulcan Raven. Enfin, Screaming Mantis contrôle les vivants tout comme Psycho Mantis et les morts comme The Sorrow. Leur manière de combattre n’a rien de personnelle, elles n’ont ni expérience ni conscience, tout est emprunté aux guerriers qui les ont précédées. Les duels qui étaient auparavant intimes sont maintenant dépourvus de sens, pour la première fois, les soldats viennent s’immiscer dans la bataille pour être plus effectifs. La confrontation solitaire avec Sniper Wolf laisse place à Crying Wolf, triste animal accompagné d’une troupe de soldats pour l’épauler. Elles représentent leur époque où tout est vide, soldats de plomb se détournant du monde en s’enfermant dans un trauma, dans une seule et unique émotion.

Crying Wolf MGS4


Pour la première fois dans Metal Gear, on peut épargner les Boss. Beast and Beauty sont les seuls adversaires qui auront ce traitement de faveur. Il n’est plus question d’affronter des guerriers qui regardent la mort en face, elles ne sont pas une menace, juste des femmes habilement recyclées par un système. Une enfant que l’on arrache de son armure comme du ventre de sa mère, une protection qui la tenait à l’écart du monde, et qui s’endort en position fœtale comme pour naître enfin. Et tandis que nos Boss d’antan nous avaient habitués à suffoquer dans leur sang pour bavasser un peu sur leur vie et leur passé torturé pendant que Snake écoutait respectueusement. Notre quart d’heure émotion avec musique et images se voit remplacé par une communication bête et méchante. Lorsque Drebin explique à Old Snake les épreuves terribles des quatre jeunes femmes, ce dernier lui demande s’il cherche à l’apitoyer. Drebin répond qu’il voulait juste qu’il sache. Et même si il le voulait, pourrait-il nous faire ressentir ainsi une situation, aussi horrible soit-elle ? C’est de l’information. A des lieux des duels d’antan, le lien ne peut se faire qu’à travers des données que l’on se communique. On n’apprend pas, on ne connait pas, on avale une information.

Les boss dans Metal Gear Solid 4 sont décadents, Beauty and the Beast perdent en personnalité mais elles sont à l’image du système sans humanité qu’elles servent, absurde et sans âme. Après tout, lorsqu’il s’agit de promouvoir la guerre, le meurtre, un café ou même un article sur Mafia 2, a t-on besoin d’autre chose qu’une belle paire de fesses ?

Laughing Octopus MGS4


Analyse écrite de la plume de
N'hésitez pas à faire un tour sur leur site !




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14 Commentaires
rachat de credit rachat de credit
16/02/2011 à 19:25
tres interessant, merci
Noth Noth
18/12/2010 à 13:32
Décidément, il n'y a que des articles de qualité sur ce site. :)

J'avais déjà lu une analyse très pertinente et longue à ce sujet, mais celle-ci s'avère pas mal également. (Je fais référence à celle de Ultimatesnake, au cas où.)

Seul hic, je ne comprends pas très bien sa comparaison avec "Moins Belle La Vie". L'auteur ose rabaisser les retournements de situation de la saga MGS à ceux de cette pseudo série dramatique, ou le contraire ?
snakiller snakiller
21/11/2010 à 16:41
Sans parler de la destruction de la structure traditionnelle des Etats Nations au profit d'une mondialisation basée sur une économie de marché au centre de tout, de l'avancée fulgurante des progrès technique sans même en mesurer les répercussions sociales et de la perte de valeurs et d'humanité en général de la société actuelle.
Kojima est probablement le type qui a su le mieux retranscrire les plus gros problèmes du 21ème siècle à travers son œuvre!!
sheen sheen
15/11/2010 à 22:54
Administrateur
Je me souviens avoir parlé, il y a deux ans, d'une actu sur les PMC et l'idée que Hideo Kojima souhaitait faire passer...

"Pour en revenir à l'histoire même de Metal Gear Solid 4, Kojima explique que le choix des PMCs dans MGS4 est loin d'être un hasard. Aujourd'hui, cette tendance militaire, qui n'est bien sûr pas aussi (encore?) prononcée que dans le jeu, est pourtant une réalité. Par là, Hideo Kojima voulait conscientiser les joueurs sur ce phénomène inquiétant."

http://www.metalgearsolid.be/a_08_09_26_apres_solid_snake_de_kojima.html
greyfox0957 greyfox0957
15/11/2010 à 18:36
Ce n'est pas le monde de MGS4 est dramatiquement proche du notre, c'est bien pire, c'est notre monde. Nous devrions dire que c'est une fiction dans notre monde. Les sociétés militaires privées sont une réalité et se son illustrées en Irak (tapez Xe sur internet et vous verrez). Outre l'histoire fictionelle et la science fiction de MGS4, le monde dans lequel il se déroule, c'est le notre.
snakiller snakiller
14/11/2010 à 22:56
Je trouve le monde de MGS4 dramatiquement proche de celui dans le quel nous vivons aujourd'hui!! très juste analyse en tout cas.
Machin Machin
14/11/2010 à 22:19
Je vais compléter ce que j'ai dit sur les boss de MGS3 : je n'aime pas trop les Cobras à l'exception, comme Octocamo, de The Sorrow et The Boss. Et j'aime bien les boss non-Cobras (Volgin et surtout le jeune Ocelot, un des personnages les plus drôles et charismatiques de la saga). A part ça c'est clair que les FoxHound sont vraiment des boss inoubliables. Kojima avait trouvé la bonne formule pour toucher le joueur et le rendre fan dès le 1er épisode. Chapeau!
hp hp
14/11/2010 à 21:06
Administrateur
Théorie très intéressante et agréable à lire ! Pour ma part, Metal Gear Solid 4 est plus qu'un énorme clin d'oeil d'une quinzaine d'heure aux précédents MGS. J'ai également ce sentiment qu'il reflète l'évolution de la série et l'époque qu'il incarne. Mais je n'avais pas poussé ma propre réflexion sur les Beauty and the Beast de la sorte. Chapeau!
greyfox0957 greyfox0957
14/11/2010 à 20:37
Je trouve qu'on est souvent un peu vache avec les boss de MGS3 (moi le premier). Si on y regarde bien, à part The Pain et The Fear, qui sont vraiment peu intéressants (sauf si on suit la théorie de l'article), The Fury, The Sorrow, The Boss et même Ocelot bien qu'il ne fasse pas partie de l'unité. Et pour The Fury, je suis tout à fait sérieux, même si la séquence ne présente aucune émotion elle montre sans dévoiler une victime sacrifiée de la course technologique de la guerre froide.

Cela dit je suis d'accord pour dire que les boss de Fox Hound sont sans doute les plus profonds sentimentalement. Je ne sais pas quelle équation Kojima avait su trouver mais ils resplendissent de vie, leurs confessions me font toujours quelque chose quand je les revois.
Octocamo Octocamo
14/11/2010 à 18:52
Oui, les boss de MGS3 sont décevants comparés à ceux des autres épisodes (The Boss et The Sorrow mis à part). Cependant, le combat contre The End m'a énormément fait tripper même si le personnage n'est pas charismatique. Pour moi FoxHound est le premier sur le podium, suivit de la Dead Cell et des Beauty and the Beast. ^^
Machin Machin
14/11/2010 à 17:42
Article intéressant. Moi je trouve que les les Cobras (MGS3) sont les pires boss qu'on nous ai servi dans un MGS. Je préfère largement les B&B.
Mes boss préférés :
1- FoxHound (MGS1)
2- Unité FOX (MGS : PO)
3- Dead Cell (MGS2)
4- B&B (MGS4)
5- Cobras (MGS3)
Old Boss Old Boss
14/11/2010 à 14:34
Merci!!! Cet article je vais le faire lire à bcp de gens qui n'ont pas compris lorsque moi j'essayais de leur expliquer cela! Peut être ces mots seront ils plus percutant!
Encore une fois merci et bravo! ^^
greyfox0957 greyfox0957
14/11/2010 à 13:51
Un article splendide qui a tout compris sur MGS4, et d'après moi aussi un peu sur le monde. Moi qui désespérais de la perte de qualité des boss de Metal Gear au fil des années, je comprends (même si ce n'était pas l'intention consciente de Kojima) comment on peut penser le B&B corps, et j'apprends à les apprécier à une plus grande valeur.
Jeanouille Jeanouille
14/11/2010 à 13:37
belle analyse !



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